« En effet, je suis peintre, et c’est comme si je disais : je suis prince » c’est sans doute cette phrase, extraite de Patrick Grainville que devraient porter en eux les artistes pour accomplir, loin de la multitude, leur œuvre.
Est-ce parce qu’il se sentait prince qu’Aldo Paolucci a choisi de vivre dans l’isolement de la mythique forêt d’Andaine ? La réponse n’est pas aisée. Né sous ces cieux Italiens où les mots sont musique où les gestes deviennent théâtre et où la couleur est toujours à son zénith, il était de toute façon déjà un peu prince. Ensuite il devint artiste.
Ses premières toiles furent primordiales dans le sens où elles parlent des origines. La matière y est omniprésente, les reliefs distribués en d’indéfinissables bruns évoquent une sorte de chaos universel porteur de l’humanité en germe qui finira par voir le jour : un corps ébauché comme naissant des entrailles de la terre, marque ce passage du peintre à l’humain qui dès lors, ne cessera plus de le hanter. Obsession toute picturale du corps qu’il ira, pour mieux se l’approprier, jusqu’à démembrer en des coloris optimistes dont les blancs voluptueux constituent l’aboutissement. Lorsque cette période d’une certaine animalité triomphante cèdera la place au drame de l’Homme sacrifié, « Aldo » utilisera, pour en dire l’horreur, les symboles de la croix et du linceul confondus et la couleur elle-même se fera élément de la tragédie : traces sanguinolentes, gris concentré en menace de cataclysme, noirs funèbres. Les toiles sont closes de fils barbelés calligraphiés, symbole d’un univers irrémédiablement carcéral au bout duquel l’artiste voyagera pour en revenir convalescent et réapprendre lentement le chemin de la vie et de la liberté. Le mouvement devenu baroque, sera simplifié par d’infinies et délicates nuances, annonciatrices d’un désir de bonheur que la rencontre avec une île, comblera. S’ouvre alors une période de luxuriance où les fruits les plus charnels des tropiques flamboient sur fond de paradis terrestre et aquatique à la fois.
De cet Eden retrouvé, « Aldo » gardera une intense émotion qui le poussera à peindre des œuvres tout en jaillissement d’un grand rêve trop longtemps remis et enfin réalisé.
Martine GASNIER, Écrivain.